Réponses aux anti-mythistes
IL semble difficile pour le personnel ecclésiastique d’admettre que leur sujet d’adoration, Jésus de Nazareth, Christ, le fils de Dieu, n’ait pas une très grande probabilité d’existence. Il s’agit d’un non-débat plus que centenaire, les tenants de l’historicité ayant l’avantage de la position acquise depuis plus d’un millénaire et demi, et d’Institutions religieuses et scolaires, de visibilité sur les médias… et en profitent pour tenter de ridiculiser une thèse qui les dérange et qui a pourtant quelques arguments qui n’ont pas encore été vraiment réfutés.
Cette page suit les recommandations orthographiques de 1990
Jésus de Nazareth figure parmi les personnages les plus étudiés au monde
Il est tout à fait possible de parler et même d’étudier un personnage sans estimer qu’il a existé, sinon toute mythologie serait théologie. Il existe des thèses sur les univers de l’Iliade, Tolkien, JK Rowling ou sur les Schtroumpfs, ce qui ne rend pas tous ces histoires et personnages réels. Et le nombre de livres consacrés au marxisme n’est aucunement une preuve de sa véracité.
Admettons qu’on publie énormément d’ouvrages au sujet de Jésus, qui sont le plus souvent des ouvrages de foi que de réelles études critiques. Ces textes sont d’ailleurs souvent des explications de passages qui ne sont connus que d’un évangile, comme les noces de Cana, la femme adultère, les cinq maris (Jean), le fils prodigue, la fugue au temple, la résurrection du fils de la veuve (Luc), les gardes du tombeau, le repentir de Judas (Matthieu). Par ailleurs, certains passages «parallèles» s’opposent du tout au tout, comme l’annonciation à Marie (Luc) ou à Joseph (Matthieu), l’adoration par des mages à la maison (Matthieu) ou des bergers à la crèche (Luc), la fuite en Égypte (Matthieu) ou la présentation au temple (Luc).
Enfin, c’est peut-être parce qu’il est contesté par quelques mythistes que les historicistes ont à cœur de défendre l’objet de leur foi, à leur manière.
La thèse mythiste a été maintes fois réfutée
C’est la profession de foi copiée-collée à chaque fois qu’il est question de la thèse mythiste dans l’encyclopédie Wikipédia. Il serait plus loyal de dire qu’elle a été mainte fois contestée, niée, voire balayée du revers de la main avec haussement d’épaules. Il faudrait juste aller un peu plus loin en ajoutant des renvois précis à des ouvrages argumentés.
La thèse mythiste est complètement rejetée par les spécialistes universitaires du christianisme depuis la fin des années 1930
Il est vrai que durant la crise moderniste, des spécialistes chrétiens admettaient par exemple (avec imprimatur, ce qui signifie «autorisation» de l’Église catholique) l’interpolation complète du «témoignage de Josèphe», mais ils ont été rappelés à l’ordre par le pape, qui a obligé les prêtres à signer un serment anti-moderniste. Un prêtre comme Alfaric n’a pas voulu se soumettre et a été excommunié.
Il y a eu d’autre tentatives d’explication du silence des historiens romains : un écrivain comme Daniel-Rops ne doutait pas du silence de Flavius Josèphe (et donc acceptait l’interpolation complète) pour ne pas déranger l’empereur, qui avait eu bonne grâce de l’adopter.
Actuellement, les religions chrétiennes étant sur le déclin et la thèse mythiste étant plus accessible et donc mieux connue, les «spécialistes» serrent des rangs et ne concèdent plus rien.
La thèse mythiste a néanmoins continué d’être reprise régulièrement par des auteurs en dehors du milieu académique, par des écrivains, blogueurs et internautes
Le problème est que les spécialistes, souvent des théologiens, sont payés par l’Église ou l’Éducation nationale pour écrire leurs «réfutations», tandis que les mythistes ne sont peuvent compter que sur leurs maigres droits d’auteurs, et à part le polémiste Onfray, personne n’en retire de quoi vivre : cela ne peut donc être que des «amateurs». Leurs coudées sont probablement plus franches puisque leurs trouvailles ne risquent pas de leur faire perdre leur gagne-pain, et donc à part quelques complotistes, fous littéraires ou missionnaires d’autres religions, leurs résultats sont plus fiables.
Jésus est mieux documenté que Napoléon, Jules César, etc.
Nous avons pour toute documentation quatre évangiles reconnus par les églises chrétiennes, qui en refusent de nombreux autres (les apocryphes), et c’est à peu près tout. Il y a déjà fort à faire pour tenter une enfance de Jésus à partir de Matthieu et de Luc : cette synopse vous y aidera peut-être. Vous y verrez également que 36% des péricopes ne concernent qu'un seul évangile, 19% deux évangiles, 32% trois évangiles et seulement 12% les quatre.
Jésus ne semble jamais très corporel dans le reste du Nouveau Testament. Ne cherchez pas de trace de vie sur terre d’un Jésus dans les épitres, dans les Actes des Apôtres ou dans l’Apocalypse : Jésus y est étrangement fantomatique. Paul dit par exemple: «Ne suis-je pas apôtre ? N’ai-je donc pas vu Jésus, notre Seigneur ?» (1 Corinthiens 9:1). L’a-t-il vu autant que les autres ? Pour Paul, le Christ est descendu sur terre, pour y subir la passion, mourir et ressusciter. L’apparition, sur le chemin de Damas, semble avoir été la seule, même s’il la raconte trois fois, de façons assez différentes.
Le doute sur Napoléon frise la plaisanterie, car il nous laisse l’alternative entre tout croire, ou tout rejeter, logique binaire ne permettant aucune nuance (sophisme de la fausse alternative). L’existence de l’empereur est extrêmement probable du fait que les histoires des différents pays en conflit (Angleterre, Espagne, Russie, Italie…) concordent sur ses faits et actions ; il existe des écrits autographes.
La comparaison avec César parait un peu moins ridicule car les époques sont similaires, mais notons que même si l’on refuse le témoignage des écrits romains (dont les plus critiques), il reste quelques bustes du dictateur et plusieurs pièces de monnaies, ainsi que pour les empereurs subséquents… Il faudrait expliquer pourquoi seules celles de Jules César seraient la représentation d’un personnage fictif sans rejeter les suivant. On peut faire mieux et rejeter les conquêtes d’Alexandre, et alors entrer dans un hyper-criticisme dont les croyants taxent les mythistes.
A contrario, nous sommes très bien documentés sur de nombreux personnages comme Gilgamesh, Hercules, Ulysse... et leurs exploits, jusqu’aux querelles de ménage entre Zeus et Héra : de telles histoires, ça ne s'inventent pas !
Des historiens romains parlent pourtant de Jésus
On trouve quelques traces confuses chez quelques historiens romains (voir cette page), mais assez contradictoires et qui ne parviennent pas à convaincre tous les spécialistes chrétiens : les textes de Flavius Josèphe, Suétone, Tacite… semblent inconnus des Pères apostoliques ou d’autres commentateurs chrétiens des trois premiers siècles. Vers 110, Pline le Jeune ne parle pour sa part que de chrétiens. Les apologistes contemporains évoquent alors, sans argumenter, une conspiration du silence imposée par l’Empire romain.
Des traditions disparates
La tradition chrétienne a de plus rassemblé un corpus de textes assez disparates, dont l’Apocalypse attribuée à Jean, très éloignée du reste du Nouveau Testament, et probablement issue de juifs messianiques. Des sept Églises dont il est question – Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée (Ap 1:11) – seule la première et la dernière sont citées dans les épitres attribuées à Paul de Tarse.
L’Épitre aux Hébreux s’aventure à parler d’un roi assez obscur «qui est sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin, qui est assimilé au Fils de Dieu, ce Melchisédech demeure prêtre pour toujours.» (Hébreux 5:5-6 et 6:20-7:3, citant le Psaume 104). L’assimilation avec le Christ ne fait aucun doute,et c’est peut-être le point de départ du christianisme, ce n’est que plus tard que les évangélistes, surtout Matthieu et Luc, lui désignent un père et même une généalogie ; les quatre évangiles, une mère.
Joseph, Marie-Madeleine, Bethléem, Joseph d’Arimathie… ou les termes Fils de David, Messie… ne se retrouvent pas dans le Nouveau Testament en dehors des évangiles. Marie, Nazareth, Hérode, Caïphe, Judas, André (frère de Pierre)… ou les termes Fils de l’Homme, Oint… que l’on retrouve très peu dans les Actes ne sont mentionnés nulle part dans les épitres ou l’Apocalypse.
L’Apocalypse et l’Épitre aux Hébreux sont certainement des écrits assez anciens, issus du messianisme juif ; les épitres attribuées à Paul de Tarse s’en détachent mais en connaissent encore très peu sur l’histoire de Jésus. Les évangiles ont soit été écrits, soit abondamment interpolés après le reste du Nouveau Testament. Les Actes sont un écrit composite tentant un raccord entre les traditions évangélique et paulinienne, même si rien n’empêche ajouts et corrections des écrits au cours du temps.