(...) la modernité, pour des raisons très compréhensibles, bousculent toutes les vieilles certitudes ; or, vivre dans le doute est une situation pénible pour beaucoup de gens ; c'est pourquoi un certain nombre d'organisations (et pas seulement religieuses) qui promettent de fournir ou de rétablir des certitudes ont un marché tout prêt qui s'ouvre à elles.
Vous devez respecter notre croyance, me dira-t-on. Cette injonction culpabilisante est traduisible ainsi: Notre mission est de proclamer notre vérité par tous les moyens disponibles, mais il ne vous est pas permis de contrer notre propagande.
Les Juifs lapidaient et décapitaient, mais ne crucifiaient pas. D'un strict point de vue logique, il est donc doublement invraisemblable que le peuple juif (subitement devenu hostile à Jésus?) ait demandé aux occupants romains qu'ils détestaient, un supplice païen pour un Galiléen, c'est-à-dire un Juif!
Il semble d'ailleurs que l'idée même de tolérance ait été l'objet d'un curieux détournement. Machine de guerre mise en place par les philosophes du XVIIIe siècle vis-à-vis d'une église abusant de ses pouvoirs de coercition, l'idée a été retournée par l'église contemporaine à son seul profit. En ce sens que toute croyance affichée est considérée comme normale alors que tout athéisme proclamé est perçu comme sectaire, et ce jusqu'au sein même de la gauche...
Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent nos croyances, ils n'ont pas fait naître celles-ci, ils ne les détruisent pas; ils peuvent leur infliger les plus constants démentis sans les affaiblir, et une avalanche de malheurs ou de maladies se succédant sans interruption dans une famille ne la fera pas douter de la bonté de son Dieu ou du talent de son médecin.
Ce qui m'intéresse rétrospectivement, dans ma mésaventure gurdjieffienne, c'est l'expérience que je fis sur mon propre cas de l'aptitude des hommes à se persuader de la vérité de n'importe quelle théorie, de bâtir dans leur tête un attirail justificatif de n'importe quel système, fût-ce le plus extravagant, sans que l'intelligence et la culture puissent entraver cette intoxication idéologique.
Croyant en l'autorité suprême de la Bible, les évangéliques cherchent à appliquer ce qu'ils estiment être la volonté divine à tous les aspects de leur existence. De leur point de vue, il n'existe aucune différence entre la sphère privée et la sphère publique, tous les domaines de la société étant également soumis à l'autorité divine. L'idée d'une moralité laïque et d'un État religieusement neutre leur est donc inconcevable, et la Bible étant à leurs yeux la parole de Dieu et la seule source de moralité, ses valeurs doivent s'imposer à toutes les institutions sociales et culturelles du pays et dicter le comportement de tous.
Le bon Dieu et toutes ces cloches qui sonnent
C'est le père Noël pour les grandes personnes
Et si le ciel était vide?
Si toutes ces balles traçantes
Toutes ces armes de points
Toutes ces femmes ignorantes
Ces enfants orphelins
Si ces vies qui chavirent
Ces yeux mouillés
Ce n'était que le plaisir
De zigouiller?