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Voici mes commentaires au sujet d'un texte (intégral, en gras) qui circule sur le net. Sous réserve, évidemment, que les données du texte soient correctes ! Les miennes viennent du Petit Robert II.
Kennedy était Démocrate, préféré sur le fil à Lyndon Johnson. Lincoln par contre était Républicain, élu à la faveur d'une opposition entre Démocrates. D'autre part, Lincoln est né en 1809 et fut assassiné en 1865, alors que Kennedy est né en 1917 et fut assassiné en 1963 : à ce niveau, à mon avis le plus important, rien ne correspond.
Mais Lincoln se battit contre les Indiens en 1832, sa position anti-esclavagiste ne devint notoire qu'en 1854 et il ne prononça ses mesures d'abolition de l'esclavage qu'en 1863, surtout pour préserver l'Union. Quant à Kennedy, on se souvient surtout de la Baie des Cochons et du Viet-Nam...
Mais leurs noms complets avaient respectivement 14 et 21 lettres (tous deux divisibles par 7, concédons-le).
Rien que de très normal lorsqu'on est assassiné en public, sauf peut-être le jour. Mais on aurait tout aussi bien pu regarder l'heure de l'assassinat, le nombre de minutes à partir du commencement des festivités...
A quel âge ? Mort-nés ? Fausses couches ? Chacune plusieurs enfants ? C'est bien sybillin...
On ne compare pas les mêmes choses. La ressemblance réside aussi dans le fait que l'on utilise la préposition « dans ». Mais Kennedy était plutôt debout « sur » (et peut-être Lincoln était-il aussi debout « sur » une tribune).
C'est malheureusement le genre de confidence qu'on ne récolte en général qu'après le drame.
Mais Andrew, décédé en 1875, avait été gouverneur démocrate rallié aux républicains et à Lincoln, tandis que Lyndon, décédé en 1973, ne fut jamais gouverneur.
Peut-on encore appeler « sudiste » un homme politique né en 1908 ? Aujourd'hui, un Américain dirait tout aussi bien que Lyndon est de l'Ouest (Texas) tandis qu'Andrew est de la côte Est (Caroline du Sud). Toujours est-il qu'Andrew Johnson était contre l'égalité politique des noirs, tandis que Lyndon Johnson fit accepter à l'administration républicaine des réformes sociales, dont l'intégration raciale. D'autre part, Le deuxième prénom de Lyndon a judicieusement été oublié : il s'appelait Lyndon Baines Johnson, comptant ainsi 19 lettres.
Est-on vraiment sûr qu'Oswald est l'assassin de Kennedy ? N'oublions pas qu'il fut lui-même assassiné (entre les mains de la police !) quelques heures après son arrestation, et cela a fait couler assez d'encre sur les doutes que l'on peut nourrir sur sa réelle culpabilité.
On entend parfois Lee Oswald, mais ici le deuxième prénom est nécessaire. Remarquons qu'ici, contrairement au début du texte, on s'intéresse au nom entier : Booth seul ne ferait que cinq lettres, Oswald six !
Un coup de pouce à nos croyants : plus encore que décéder avant le procès, les deux assassins ont eu l'élégance de mourir l'année même de l'assassinat. Enfin, oublié par notre archiviste : le fondateur et premier Général de l'Armée du Salut s'appelle William Booth (1829-1912), tandis que le roi Saint Oswald (602-642), à la tête de son armée, battit les Gallois et leur a imposé le christianisme (religion du Salut). C'est un peu tiré par les cheveux, mais cela montre qu'il y a toujours moyen de trouver des coïncidences.
C'est bien possible, après tout. A l'heure où les théâtres sont ouverts, les entrepôts sont les meilleurs endroits pour se cacher, la réciproque étant également vraie.
Voilà donc la technique du chausse-pied, qui permet de s'en tirer avec une approximation langagière. « Être à... » n'a pas le même sens selon qu'il s'agit d'une ville ou d'une femme.
D'autre part, Marilyn Monroe (13 lettres) était un pseudonyme (elle s'appelait Norma Jean Mortenson -18 lettres-, puis Baker -14-), et Le grand atlas du monde renseigne au moins huit villes de moyenne importance aux États-Unis du nom de Monroe. On sait que ça voyage, un président des Etats-Unis, et c'est durant ces voyages qu'il est probablement le plus facile d'en assassiner.
Et pourquoi le Président (1817-1825) James Monroe (1758-1831) n'a-t-il pas sa place dans ce système de coïncidences?
S'il s'agit plus que de simples coïncidences, quel est le sens des liens entre les deux présidents assassinés ? Y a-t-il une force nécessaire ? Une conscience cosmique qui tiendrait compte des révolutions terrestres autour du soleil (et peut les compter jusqu'à 100 ?), qui s'intéresse au nombre des lettres des noms ? Il semblerait parfois qu'il s'agit plus d'un exercice de comptabilité que d'une véritable spiritualité, mais peut-être est-ce beaucoup idéaliser la spiritualité ?
La forme prévaut souvent sur le fond. Il est étonnant que des personnes se disant mystiques (j'en connais) accordent une quelconque importance à ces coïncidences, ce qui n'est finalement qu'un exercice purement « mental », comme ils disent.
Voici un extrait du livre de Jean-Pierre Adam, Le passé recomposé, tel que repris à la page 24 du Science&Vie 855. Le magazine y explique que l'archéologue et architecte a pris les mensurations de la guérite d'une marchande de billets de loterie de l'avenue de Wagram, à Paris,
« dont les dimensions, savamment introduites dans un ordinateur perfectionné, nous ont fourni de stupéfiantes révélations, insoupçonnables pour un non-initié... Nous vous les livrons dans leur brutale nudité:
Pourquoi diable une humble et anonyme marchande de billets de loterie détient-elle de semblables et si formidables secrets ? ».
Umberto Eco a repris la relation de cette expérience dans Le Pendule de Foucault. Tout le monde peut la tenter : il suffit d'un peu d'imagination et de culture scientifique superficielle, en s'aidant éventuellement du Petit Robert II pour les coïncidences historiques.