On aura donc appris que l'astrologue la plus célèbre de France, Elizabeth Teissier, vient de soutenir une thèse à la Sorbonne, intitulé « Situation épistémologique de l'astrologie à travers l'ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes ».
Il est évidemment difficile de prendre position sans avoir lu la thèse ou assisté à sa défense. Certaines considérations d'ordre général sont néanmoins possibles.
N'importe quel citoyen a le droit de présenter une thèse, quelles que soient ses croyances. Cela fait partie des acquis de la démocratie. On supposera évidemment qu'Elizabeth Teissier a réussi au préalable le cursus complet des études si cela est nécessaire : licence, maîtrise, DEA ou agrégation, avant de présenter sa thèse.
Qu'elle l'utilise par la suite pour faire accroire que l'astrologie est reconnue par l'Université est un problème ultérieur qui ne peut être pris en compte lors de la délivrance du diplôme. Il ne semble pas que l'université ait jamais donné un titre de Docteur sous conditions futures.
D'après le peu qu'on en sait (l'auteur ayant décidé d'utiliser la période qui lui est accordée de garder son texte privé) la thèse développe une pensée à la mode parmi les croyants aux parasciences: critique à l'égard des sciences, autorité de par la longévité de la pratique astrologique, etc.
Elle utilise notamment un auteur de la sociologie critique (Theodor Adorno, de la première École de Francfort), qui voit en la rationalité instrumentale un totalitarisme en ce que la technocratie est un outil de domination des individus. Mais Adorno regrettait surtout que l'idéal de la modernité prônée par les Lumières fût instrumentalisé au service d'intérêts particuliers. On pourrait se demander ici si la sociologie critique n'est pas à son tour instrumentalisée au bénéfice d'une croyance. Comme le rappelait Charlie Hebdo, l'opinion du philosophe à l'égard de l'astrologie était pire, ce qui fut bien entendu « oublié » par l'astrologue.
Bref, il s'agit par tous les moyens d'affaiblir et de délégitimiser la rationalité, en la chargeant de tous les maux. Certains n'hésitent pas à lui imputer la pollution, le machinisme déshumanisant, les maladies, voire les camps de concentration...
D'un point de vue épistémologique, on rappellera que les parasciences se montrent souvent plus scientistes que les sciences : l'utilisation de chiffres, d'ordinateurs, des aspects physiques (l'image du ciel au moment de la naissance) pour expliquer un caractère ou un comportement, est plus déterministe que n'importe quelle science de la nature. Cela assujettit les phénomènes humains à une réalité physique, naturelle. Il s'agit donc bien d'une rationalisation instrumentale de l'individu, proche de ce que combattait Adorno.
Il s'agit donc surtout d'une tentative de légitimer une croyance. Mais la plus grande légitimité, actuellement, n'est-ce pas François Mitterrand qui la lui a donnée ou les medias qui la lui donnent à chacune de ses apparitions ou chacun de ses articles? À ce niveau, on peut dire que le mal est déjà fait.
Mais n'affirmons rien sans preuve, attendons de lire le texte d'Elizabeth Teissier, quelles que soient les raisons de penser que sa thèse ne fera pas avancer quoi que ce soit au débat sur les parasciences ou l'astrologie. Si tel est bien le cas, il y aura lieu de se poser la question de savoir pourquoi des sociologues illustres tels que Messieurs Moscovici et Maffesoli ont décidé de lui attribuer une mention « très honorable ».
Voir aussi le dossier du Cercle Zététique sur Élizabeth Teissier.